Alors que trop souvent Bourse rime abusivement avec pensée unique, les coopératives et les mutuelles rappellent qu'elles agissent dans une économie de marché, et qu'elles veulent simplement et librement poursuivre leur développement dans le jeu d'une saine et libre concurrence, le fameux « level playing-field » où la liberté d'entreprendre sous différentes formes juridiques est garantie et où elles luttent à armes égales avec leurs concurrents.
Il est parfois aussi reproché aux coopératives et aux mutuelles de fermer leurs capitaux pour se rendre non opéables. La réalité est bien plus complexe. Construites par adhésion volontaire de femmes et d'hommes à un projet, nos entreprises sont indépendantes des marchés boursiers, car les capitaux accumulés sont pilotés et dirigés par les sociétaires adhérents en usufruit de la saine gestion d'hier. La cotation en Bourse représenterait pour certains l'alpha et l'oméga de la réussite économique et de la transparence managériale. Je ferais trois remarques : la plupart des entreprises ne sont pas cotées (PME, entreprises familiales, grandes entreprises en commandite, etc.) alors qu'elles représentent la très grande majorité de l'emploi en Europe ; ensuite, la cotation ne signifie pas automatiquement opéabilité ; et elle n'a jamais protégé de l'échec, ni des manquements à l'éthique (plusieurs scandales récents en témoignent).
L'histoire économique est à cet égard riche d'enseignements. Dans les années 1990, de nombreuses mutuelles se sont démutualisées en Angleterre. Le besoin d'aller sur les marchés était invoqué pour gagner en capacité d'investissement, en réactivité et en modernité. Au final, les réserves furent spoliées par des conseillers et des dirigeants peu scrupuleux. Depuis, la quasi-totalité de ces entreprises ont été rachetées et dépecées, et leur disparition a entraîné une poussée inflationniste des services d'assurances.
Critiquées, les entreprises coopératives sont en réalité redoutées car performantes et compétitives. Elles contribuent à la stabilité et au développement de l'économie et de la société. Elles créent de l'emploi et répondent pleinement aux objectifs économiques et sociaux définis lors du sommet européen de Lisbonne de 2000. Je ne doute pas que les présidences allemande, portugaise et bientôt française s'inscrivent dans cette tradition de la modernité et que les candidats à l'élection présidentielle se feront les garants du modèle mutualiste et coopératif, un modèle plus que centenaire et pourtant parfaitement adapté aux besoins du présent et aux défis du futur.